Jardin d’illusions

 

 

La vérité

Le visage masqué pour cacher les tempêtes
Je plante la première rose comme on plante une prière
À une partie de soi qui a été meurtrie
Par cette société de merde empoisonnée
La rose et l’humain, ce sont les mêmes, je crois
S’enraciner et puis brûler parfois
Sur ce sol hostile, ma guerre à moi c’est d’exister
C’est tout ce que j’peux faire alors je plante quand même

Le jardin d’illusions

Mes mains creusent
le sable, dans une tâche infinie
Je plante des roses
blessées dans un vaste désert
Mon jardin d’illusions, mes espoirs piétinés
Elles étouffent sous le sol comme j’étouffe sous l’effort
Condamnées à faner ou à être arrachées
Des roses silencieuses, des cris qu’on entend pas.
Elles saignent rouge sur la terre morte
Et moi je meurs un peu à chaque rose plantée

Le crépuscule

Vivre dans ce champ de bataille c’est crever à petit feu
Alors le ciel brûle et je brûle avec lui
L’art comme seule cathédrale face à la tyrannie
Cette rose c’est nous, ceux qui donnons tout
Qui se battons contre tout avec nos masques blancs
On m’a dit de sourire et de faire un effort
Le mime hurle sans bruit et la rose fane en silence
Alors je me peins la gueule pour exister un peu

 

 

L’abandon

Dernière rose dans les mains et la mer qui appelle
Je traine les pieds dans cette immensité
Réduite au silence, je me fonds dans l’océan
Je la laisse partir, elle s’en va sans un bruit
Je me dis que, peut-être, faut arrêter de lutter
La mer prend la rose comme le monde prend tout de moi
Et si les vagues me ramènent, elles ne ramèneront pas les fleurs
Mais tant pis, la paix se trouve parfois dans le désespoir